imageSéminaire du Collège international de philosophie & Centre d’Etudes du Vivant
2005-2006.

Avec le séminaire “ soigner les passions ”, le programme “épistémologie des affects”s’est d’abord penché sur la façon dont les passions avaient été pensées par la philosophie occidentale. La seconde partie du programme s’attachera plus spécialement à la façon dont la science a pensé les affects et aux outils qu’elle a élaborés pour les modifier.

Partant de Darwin et de son livre The expression of Emotions in Man and Animals  (1872), oeuvre qui signale la première tentative systématique de réflexion scientifique sur les émotions, nous examinerons les techniques de modifications des affects par des substances matérielles développées au cours du XIXème siècle, dans une perspective tantôt littéraire, tantôt psychologique (1ère séance).

Nous en viendrons ensuite à l’examen de la première substance de synthèse dont les propriétés psychotropes retinrent l’attention des chimistes et des psychologues dans les années 1930 : les amphétamines — substance qui sera le précurseur d’une série de molécules comptant parmi les plus puissants modificateurs chimiques de l’état émotif actuellement connus. Par la suite, de nombreuses réflexions tant scientifiques que philosophiques furent tirés de l’usage de ces produits et de l’examen de leurs effets (deuxième et troisième séance).

  • Séances suivantes (second semestre) :

Dans les années soixante, un nouveau type d’intérêt se manifeste : certains chimistes entreprennent d’effectuer des modifications sur la molécule d’amphétamine dans le but de produire une sorte de typologie des états de conscience modifiés. Ces travaux déboucheront notamment sur la découverte d’une substance qui, quoique proche dérivé de l’amphétamine, possède des propriétés psychotropiques très différentes : le MDMA (méthylène-dideoxy-méthyl-amphétamine), également connu sous le nom d’ecstasy. Le rapide succès populaire de cette molécule est dû, pour une large part, à ses propriétés de modificateur d’émotions ; ainsi a-t-il été proposé de qualifier la substance d’“ empathogène ” : génératrice d’empathie.  Parallèlement, un contrôle politique sévère des amphétamines est introduit par le biais d’une prohibition internationale décidée en 1970. Très vite, des productions clandestines font leur apparition.

Dans les années 1990, une série de travaux relevant du champ des neurosciences et initialement réalisés dans le but de comprendre le mode d’action de certains psychotropes (et notamment des amphétamines) conduiront à un renouvellement spectaculaire des notions par lesquelles on les concevait traditionnellement. La notion d’addiction et la notion de psychose induite par des psychotropes seront au centre de ce renouvellement. En cherchant à comprendre le mode d’action des substances qui modifient les affects, les neurosciences ont ainsi élaboré progressivement un nouveau discours sur ce que la philosophie nommait les passions — discours fragmentaire et tributaire de nombreuses simplifications, mais dont la force réside dans la cohérence de sa méthode d’élaboration.

On cherchera, tout au long de ces séances, à dégager les liens existant entre, d’un côté des substances de synthèse proposées par des chimistes, de l’autre, les enseignements philosophiques qu’on a pu (ou cru pouvoir) tirer de leur utilisation et, enfin, les formes de régulations juridiques et sociales (interdiction le plus souvent) qui ont pu être élaborées pour contrôler leur emploi et la manière dont ces régulations furent justifiées. On s’attachera à commenter certains paradoxes nés de la mise en oeuvre de ces régulations comme les demandes d’utilisation médicale du MDMA (une substance internationalement prohibée) dans le cadre du traitement psychologique de personnes souffrant d’un stress traumatique intense. On cherchera finalement à évaluer la valeur philosophique des discours scientifiques sur les passions et, inversement, à évaluer la valeur épistémologique des discours philosophiques sur les passions. Chacune des séances sera l’occasion d’accueillir un invité qui viendra présenter des travaux liés au thème de la séance.