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La découverte de la structure en double hélice de l’ADN par James Watson et Francis Crick en 1953 est l’acte fondateur de la biologie moléculaire. L’examen détaillé de cette découverte montre que les scientifiques se guident moins sur des concepts ou des méthodes que sur des sentiments.

Ces sentiments font que la recherche scientifique repose sur un art spécial qu’on propose de nommer « art d’aimer la science ». Le lien entre art et science, souvent évoqué par les scientifiques mais négligé autant par l’épistémologie que par la sociologie des sciences, est ainsi clairement identifié et décrit.

  • Extrait de la préface de François Jacob :

Pourquoi un petit groupe d’hommes dans le monde s’agite-t-il avec tant de frénésie pour se livrer à la pratique de la science ? Pourquoi font-ils des expériences, bâtissent-ils des théories pour ordonner les faits ? Par quelle nécessité des hommes mettent-ils tant de passion, prennent-ils tant de plaisir à vouloir interroger ce qu’ils appellent la nature ? C’est cela que Pascal Nouvel voudrait comprendre. Non pas l’aspect purement rationnel de la science. Non pas, comme la plupart des épistémologues, la logique des scientifiques, leur mode de raisonnement. Non pas la « recherche de la vérité ». Mais les raisons profondes qui poussent un individu à s’adonner à la science.

L’art d’aimer la science est un livre surprenant et réjouissant. Provoquant aussi. Il va sûrement connaître un grand succès auprès des scientifiques. Jusqu’ici, à part Jim Watson, peu d’entre eux se sont risqués sur ce terrain. Dans tous leurs écrits, ils s’efforcent d’effacer tout aspect personnel, tout ce qui peut rappeler l’existence d’un individu avec ses passions et ses défauts. Ils veillent à débarrasser leurs textes de tout relent personnel, de toute odeur humaine. Il sera intéressant de voir leurs réactions au livre de Pascal Nouvel.  L’art d’aimer la science est un livre surprenant et réjouissant. Provoquant aussi. Il va sûrement connaître un grand succès auprès des scientifiques. Jusqu’ici, à part Jim Watson, peu d’entre eux se sont risqués sur ce terrain. Dans tous leurs écrits, ils s’efforcent d’effacer tout aspect personnel, tout ce qui peut rappeler l’existence d’un individu avec ses passions et ses défauts. Ils veillent à débarrasser leurs textes de tout relent personnel, de toute odeur humaine. Il sera intéressant de voir leurs réactions au livre de Pascal Nouvel.


Au sujet de L’art d’aimer la science
Pascal Nouvel, PUF, 2000.

Avant de m’intéresser à ce qu’on dit de la science, à la manière dont on en parle, j’ai réalisé un travail de recherche dans le domaine de la biologie. J’ai alors été frappé par un paradoxe : lorsqu’on regarde les chercheurs de l’extérieur, on a l’impression d’avoir affaire à des gens rigoureux, précis, appliqués, logiques, en un mot, rationnels. Lorsqu’on les regarde en action, on s’aperçoit qu’on à affaire à des personnes qui suivent leurs intuitions, les défendent avec une rage, une passion féroce, presque animale, avec une volonté farouche de montrer qu’ils ont raison, que leur idée est la meilleure, etc.

Pourtant, la plupart de ceux qui ont parlé de la science l’ont fait comme s’il s’agissait d’un processus guidé par la recherche rationnelle de la vérité. En gros, ils ont appliqué à la science le précept biblique selon lequel il faut juger l’arbre à ses fruits. Les résultats de la science sont rationnels donc ils ont dû être obtenus par une démarche rationnelle. Raisonnement logique en apparence, mais faux cependant.  Mais si ce n’est pas une démarche rationnelle qui rend la science possible, qu’est-ce que c’est ?

La réponse que propose le livre est la suivante : c’est un art, un art d’aimer la science. Sans cet art, la science n’existerait pas.  L’analyse développée dans L’art d’aimer la science a permis de montrer, en premier lieu, la part prépondérente qu’occupe le sentiment dans la science et, en second lieu, l’absence presque complète de réflexion épistémologique sur le sentiment. L’épistémologie doit donc s’orienter du côté du sentiment et voir si il est possible de construire une épistémologie des affects. cette épistémologie traiterait du genre de connaissance qui est contenue dans les affects et montrerait aussi à quel genre de connaissance prédispose tel ou tel affect.

C’est ce programme que je développe actuellement dans le cadre de ma direction de programme au Collège International de Philosophie, programme qui s’intitule précisément Epistémologie des affects.


 

L’art d’aimer la science
Sommaire.

  • Chapitre I – Le point de vue de celui qui fait la science
  • Chapitre II – Un genre d’émotion que seul le scientifique peut éprouver
  • Chapitre III – Le psychologue de l’avenir
  • Chapitre IV – Le côté décevant des sports de plein air
  • Chapitre V – La musique des problèmes scientifiques
  • Chapitre VI – Souplesse de l’instinct investigateur
  • Chapitre VII – La volonté d’avoir raison
  • Chapitre VIII – Le plus sincère des hommes théoriques
  • Chapitre IX – L’art d’aimer la science
  • Chapitre X – Le paradigme de la double hélice
  • Chapitre XI – réexamen de la notion de paradigme
  • Chapitre XII – Une version stylisée de la réalité
  • Chapitre XIII – La métaphore creuse
  • Chapitre XIV – Un concept tiré des mines de sel de Salzbourg
  • Chapitre XV – L’écho d’une pensée dans la vision
  • Chapitre XVI – L’invincible tendance à se laisser tromper
  • Bibliographie